Interview : Chaneben, « …Notre souhait serait que nous soyons vraiment accompagnés parce que nous souffrons vraiment »

Le 16 juillet 2020 est née la Fédération Nationale des Associations et Syndicats des Artistes et Musiciens du Togo (FENASAM-TOGO)….

Parredaction Catégorie Culture le 5 août 2020 Étiquettes : , ,

Le 16 juillet 2020 est née la Fédération Nationale des Associations et Syndicats des Artistes et Musiciens du Togo (FENASAM-TOGO). Elle est présidée par l’artiste musicienne Chantal Afiwa AGBO épouse SAMEY connue sous le nom de Chaneben. Votre journal Lomegraph a eu un entretien exclusif avec la présidente pour présenter les objectifs et les missions de FENASAM-TOGO.

Lomegraph : Bonjour Madame, dites-nous ce qui vous a motivé pour mettre en place du FENASAM-TOGO ?

Chaneben : Bonjour à tous. FENASAM-TOGO est le regroupement de plusieurs associations existantes et déjà connues comme l’Union Nationale des Artistes et Musiciens (UNAM), l’Union des Chantres de l’Éternel-Dieu du Togo (UCET), le Syndicat des Artistes Interprètes et Auteurs Compositeurs du Togo (SARIAC-TOGO) et bien d’autres.

Nous l’avons créé parce que nous avons constaté que quand on est ensemble, on va plus loin. Et aussi pour pouvoir atteindre les bailleurs de fonds en matière de musique, il faudrait une fédération. C’est ce qui nous a motivé à être ensemble.

Ce que l’UCET, l’UNAM ou même SARIAC n’ont pas pu faire seules, je vois que FENASAM le fera et avec l’aide de Dieu, on fera des exploits. Nous avons également compris que nous avons beaucoup d’années d’expériences au sein de nos associations différentes. Donc, nous nous sommes dit que cela fera du bien à la musique togolaise.

Lomegraph : Quelles seront les missions de votre Fédération ?

Chaneben : La mission principale de notre fédération est d’amener une éclosion parce que nous avons constaté que nous stagnons en matière de musique au Togo. C’est le statuquo. Il est vrai que c’est pour faute de moyens et autres.

Nous nous sommes donc dit qu’au prime abord, il faudrait que nous amenons la musique à une éclosion d’un développement durable. Et aussi que la musique soit un vrai métier et que l’artiste puisse en vivre. Permettre une rentabilité de la musique, permettre qu’elle soit acceptée sur le plan national et international.

Nous voudrions vraiment être ces vecteurs de développement de notre pays et des ambassades comme on a l’habitude de le dire de notre pays à l’extérieur. Il faut que la musique togolaise soit validée, qu’elle ait une identité.

En travaillant toutefois sur la professionnalisation de notre métier, nous voulons unir nos voix afin que nous ayons la possibilité de demander de l’aide au gouvernement, aux bailleurs de fonds. Un plan d’action expliquant clairement les intentions de la fédération est en cours d’élaboration et il sera rendu public, une fois terminé.

Lomegraph : Ne pensez-vous pas que la FENASAM-TOGO est un regroupement de plus sur l’échiquier musical ?

Chaneben : Nous avons clairement défini nos objectifs et notre vœu sincère est que FENASAM ne soit pas un regroupement de plus. Nous voulons plutôt travailler. C’est dans cette perspective qu’avant la mise sur pied de notre statut et règlement intérieur, nous avons abordé beaucoup de fédérations de l’extérieur ainsi que des experts en la matière.

Pour que nous puissions être vraiment utiles et actifs. Vous verrez les jours à venir que la FENASAM ne sera pas un regroupement en plus parce que nous n’avons plus le droit à l’erreur. Nous avons beaucoup d’expériences et c’est un grand atout. Mais au-delà de cela, il faudrait que nous soyons capables de faire évoluer la musique et l’art au Togo. Sous peu, vous verrez nos actions et vous en serez convaincu.

Lomegraph : Pourquoi ne pas vous constituer en une seule fédération pour plus faire entendre votre voix ?

Chaneben : Effectivement, telle a été notre souhait mais « l’homme propose, Dieu dispose ». Nous nous disons que ce n’est pas encore tard. D’autant plus qu’on peut encore s’assoir sur une table et comprendre que nous devons faire les choses mêmement et d’une seule manière. C’est-à-dire avoir les mêmes stratégies, les mêmes objectifs.

Nous sommes déjà là et nous nous disons que nous pouvons encore toujours rêver qu’il ait une seule fédération de la musique. Au pire des cas, on aura une confédération de la fédération et celle-ci pourrait représenter valablement tous les artistes au Togo. Mais, l’idéal aurait été que nous ayons une seule fédération.

Lomegraph : Comment comptez-vous défendre les différents intérêts de vos membres ?

Chaneben : Etant donné que nous sommes une fédération d’association, nous comptons converger nos expériences et nos efforts pour pouvoir atteindre un résultat commun. Mais, nous avons la chance d’avoir en notre sein SARIAC, un syndicat très actif, efficace et compétent qui est bien connu sur l’échiquier musical.

Ainsi, nous pourrions compter sur son influence au cas où il faut vraiment défendre les droits. En effet, c’est grâce à SARIAC que BUTODRA a vu le jour. De même, c’est la fédération qui a pu se présenter aussi à l’Assemblée Nationale. Nous avons donc des armes à notre sein pour pouvoir lutter. Nous serons derrière SARIAC dans la défense de nos droits.

Lomegraph : La pandémie de la Covid-19 a entraîné l’arrêt des activités y compris les spectacles et concerts. Comment gérez-vous cette situation ?

Chaneben : La pandémie nous a paralysés. Nous avons vraiment souffert et nous continuons de souffrir parce que nos activités sont pratiquement paralysées. Nous ne pouvons plus faire des concerts. Nous ne pouvons faire non plus la promotion comme on a l’habitude de le faire via les présentations et les scènes.

Mais, nous nous débrouillons sur les réseaux sociaux pour que nos fans ne soient pas entièrement coupés de nos prestations. Nous n’avons pas de revenus. Nous sommes vraiment fauchés, mais quand même Dieu fait de son mieux pour que nous puissions survivre et nous lui sommes reconnaissants.

Mais, notre souhait serait que nous soyons vraiment accompagnés parce que nous souffrons vraiment.

Lomegraph : Que comptez-vous faire si la crise sanitaire perdure ?

Chaneben : Je crois que l’une des motivations pour la création de la fédération, c’est aussi cette crise. Nous en parlions depuis. Mais maintenant que nous avons compris que nous ne pouvons pas défendre nos droits en rang dispersé, nous nous sommes constituées en une fédération.

Et nous avons déjà demandé une audience au ministre. Nous attendons qu’il nous revient et que nous puissions nous rencontrer afin vraiment de le supplier et lui dire que les temps sont durs et qu’il faut vraiment qu’on nous aide comme on l’a fait avec les autres comme les conducteurs de taxi motos.

Je crois que nous en avons besoin. C’est illico, nos besoins. L’accompagnement des artistes, c’est maintenant qu’il faut le faire. Après nous verrons s’il y a aussi d’autres moyens pour nous aider. Pour le moment, nous avons véritablement besoin du soutien.

Lomegraph : Entre temps, il y a eu un communiqué du ministère invitant les artistes à opter pour une reconversion. Ce qui a suscité des débats au sein de la Corporation. Quel est votre point de vue ?

Chaneben : Cette fameuse reconversion a créé des polémiques et a fait couler beaucoup d’encre. Nous avons été surpris par ce mot « reconversion » parce que nous n’avons pas compris. D’ailleurs, dans aucun secteur, on n’a pas parlé de reconversion et nous nous demandons pourquoi c’est à nous que cela va arriver.

Nous avons rencontré entre temps le ministre et son directeur de cabinet. Nous leur avions dit que nous ne croyons pas que la « reconversion » était le terme indiqué pour ce qu’ils ont eu envie de dire. S’il faille peut-être s’essayer quelque part, nous avons déjà l’habitude de le faire parce que la musique togolaise ne nourrit pas son auteur.

Donc, nous même nous nous débrouillons. N’eut été des activités connexes, on ne sait vraiment pas si on aurait pu continuer la musique. On se débrouille déjà, mais la reconversion ce n’est pas indiqué. Nous avons quand même exprimé notre point de vue et nous espérons que nous nous sommes fait bien comprendre.

On ne va pas se reconvertir, mais on va peut-être penser aux activités secondaires. Pour le moment, nous avons besoin d’accompagnement, on continue de le dire toujours. C’est l’accompagnement qui nous ait utile pour le moment. On verra pour le reste.

Lomegraph : Que pensez-vous de l’avenir de la musique togolaise ?

Chaneben : Avec la Covid-19, la musique togolaise est à terre et il n’y a plus d’activités. Dans l’avenir, s’il faut vraiment que cette musique se relève et prenne de l’envol comme cela se doit, il faut vraiment que les promoteurs, les distributeurs, le ministère, tous les partenaires comprennent que nous avons besoin de nous tenir la main pour que nous puissions nous relever.

Néanmoins, l’artiste est très optimiste de nature donc, on va continuer par dire qu’il y a de l’avenir. Parce que s’il ne s’agit que de nous et de notre volonté, nous avons quand même envie de porter haut le flambeau de la culture togolaise.

Nous continuons à être optimistes et quand même pragmatique parce que sans accompagnement, ce ne sera pas facile.

Lomegraph : Généralement, la musique togolaise est consommée localement qu’à l’international. Que compte faire votre fédération pour exporter la musique togolaise surtout le Gospel ?

Chaneben : Nous comptons travailler main à main avec les jeunes. Parce qu’on dit toujours que l’avenir appartient aux jeunes. Si les jeunes sont outillés, formés, et surtout accompagnés, c’est sûr que la musique togolaise ira de l’avant. Ce n’est pas les talents qui manquent.

Nous allons, donc, commencer par des formations, des renforcements des capacités et les recherches de fonds afin de pouvoir amener la musique togolaise à l’excellence, au professionnalisme comme vous l’avez toujours l’habitude de le dire.

Concernant le gospel, nous avons travaillé d’arrache-pied ces dernières années pour pouvoir être vraiment consommables et je crois que vous voyez les retombées. Nous allons continuer dans la même lancée et aller même au-delà de nos capacités pour que le gospel soit consommable par tous comme par exemple au Ghana.

Ce n’est pas les initiatives qui manquent, ni les créativités, mais c’est plutôt le « nerf de la guerre » qui est le souci. Mais, nous sommes toujours optimistes.

Lomegraph : Votre mot de fin

Chaneben : Je voudrais vous dire merci pour cette occasion que vous nous offrez de parler de la musique togolaise. Nous comptons aussi sur vous pour que vous puissiez vraiment nous soutenir. Parce que généralement les médias préfèrent faire la promotion des musiques qui ne sont pas locales et nous sommes laissés pour compte.

Voilà notre cri : s’il vous plait aidez-nous à vraiment paraitre. Parce que sans les médias nous ne sommes pas visibles. J’aimerais appeler les artistes à s’encourager. C’est vrai que nous avons besoin d’aide, mais on dit aussi souvent que « vouloir c’est pouvoir ». Nous voulons que cette musique aille loin, plus loin que le ciel. C’est dans cette optique que nous demandons au ciel de venir en notre aide.

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